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Dernière mise à jour : ( 27-01-2008 )
 

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Publié dans : Visages de Ras Jebel, Personnalités Régionales

Mohamed Ali El Annabi : A la mémoire d’un homme illustre…

Med Ali AnnabiPremier polytechnicien de Tunisie et patriote dans l'âme, Mohamed Ali El Annabi (1906-1962 s'est distingué par sa personnalité et son parcours militant. La Tunisie lui est reconnaissante d'ailleurs : trois rues portent son nom ainsi qu'un lycée à Ras Jbel d'où il est originaire.

Qui est-il et comment cet homme a-t-il réussi dans sa quête de liberté ? Retour sur le parcours d'un homme qui a forcé le respect des colons.
Un mot, un sourire, un regard, les échos d'une vie…Les souvenirs sont encore présents dans l'esprit de son fils Hichem El Annabi, que nous avons rencontré accompagné de son fils Farès et qui ne tarit pas d'anecdotes au sujet de son père. «On ne le voyait pas souvent et les instants qu'il partageait avec nous étaient précieux. Je me souviens d'un jour où il m'a regardé droit dans les yeux et m'a dit : l'important ce n'est pas ce que tu as mais ce que tu es. Il n'était pas présent pour nous tous les jours certes , mais il l'a été pour la Tunisie».

Mohamed Ali El Annabi était un homme de sciences, qui a participé à plusieurs colloques et congrès où il se faisait le porte-parole d'un pays qu'il voulait indépendant et développé.
Né à Ras Jbel en 1906, il a grandi dans une famille d'intellectuels, ce qui l'a considérablement aidé dans son parcours par la suite. Le jeune Mohamed Ali était incontestablement destiné à faire de grandes études, lui qui prenait son père pour modèle. Un père ayant toujours occupé de hautes fonctions dans l'administration durant sa carrière. Le colonialisme et la politique de favoritisme exécrée à l'époque ont incité Béchir El Annabi à donner une éducation poussée à son fils tout en lui laissant le choix des filières qu'il voulait emprunter. Son enfance, il l'a passée entre une école primaire à Bizerte et quelques escapades avec son père à Tunis. Au début des années 1917 et 1918, il intègre le Collège Sadiki puis le lycée Carnot où il obtient en juin 1926 un baccalauréat en mathématiques et en octobre de la même année un autre en philosophie, puis il se rend à Paris où il passe deux ans au lycée Saint- Louis. Reçu à l'école Polytechnique en 1929, il entre à l'École Nationale Supérieure des Mines en 1933. Entre temps il obtient sa licence ès Lettres et sa licence ès Mathématiques.

Mais le jeune étudiant, avide de connaissances, ne s'est pas arrêté en si bon chemin. Il enchaîne en obtenant son diplôme à l'Ecole de Sciences Politiques en un an au lieu de trois, et ce en 1934.

Fréquentant assidûment l'Université de la Sorbonne à Paris, des professeurs de l'établissement lui demandèrent d'assurer une série de conférences sur l'énergétique et la relativité ainsi que sur la physique moderne.

Suite à cela, ils lui offrirent, en contrepartie de l'abandon de sa nationalité un poste permanent de professeur. Mais le patriotisme de Mohamed Ali El Annabi ainsi que son sens du devoir envers la Tunisie primaient sur ses satisfactions personnelles

Au début de l'année 1934, il rentre au pays où son cas dérangeait les autorités du protectorat car il avait plus de diplômes en poche que n'importe quel haut dignitaire français. Il devient, en 1937, fonctionnaire des Travaux Publics en tant qu'ingénieur adjoint à la direction des intérêts miniers. Ceci a permis de mettre en vigueur le décret de juillet 1933 qui permettait aux Tunisiens l'accès à la fonction publique mais qui n'était jusqu'ici pas respecté. Lors d'une interview faite à Mohamed Ali El Annabi par le journal Ezzamen qui existait à l'époque, il a déclaré que l'accès à l'emploi dans les administrations tunisiennes était un droit et non un privilège pour toute personne qualifiée.

C'est grâce à l'Association des Anciens de Sadiki, dont il fut le président pendant vingt ans et qui devint un cénacle du nationalisme tunisien, qu'il aide la génération montante en inculquant son esprit vers des raisonnements scientifiques lors de réunions et de conférences afin qu'elle puisse poursuivre des études à l'étranger en lui procurant des bourses comme il l'a fait pour le regretté Mokhtar Latiri, décédé récemment et qui lui en fut reconnaissant toute sa vie.

Il crée et participe à plusieurs clubs de recherche comme le club pour la Recherche scientifique, le club pour la Recherche sur les problèmes économiques dont s'occupait Tahar Sfar et bien d'autres encore.

C'est à la suite des incidents du 9 avril 1938, que la décision de dissoudre les associations et clubs est tombée. Mais en mars 1946, Mohamed Ali El Annabi a obtenu le droit des autorités françaises au rassemblement sous la couverture de l'Association des anciens de Sadiki.

C'est ainsi qu'une lutte intellectuelle pleine d'espoir a pu voir le jour à un petit local, siège de l'association, sis à la rue Dar El Jeld où un bon nombre de militants pour l'indépendance comme Ali Belhaouane se réunissaient.

« Je me souviens qu'un an plus tard, mon père avait demandé aux Imams des mosquées de parler lors du prêche du vendredi du soutien qui devait être accordé aux étudiants qui désirent poursuivre leurs études à l'étranger. C'était une première qui fut relatée dans les journaux de l'époque », nous raconte son fils avec fierté et beaucoup d'émotion.

Vers la fin de l'année 1947, cet érudit a collaboré à la création de l'association des ingénieurs et techniciens tunisiens dont le but était de préparer des cadres tunisiens à des hautes fonctions dans l'administration en vue d'une libération prochaine : « La libération d'un pays se prépare et les habitants de ce pays doivent être prêts à tenir les rênes ». Telle était le credo favori de Mohamed Ali El Annabi, d'après les souvenirs de son fils qu'il a quitté alors que ce dernier n'avait que vingt-et-un ans.

Afin de l'éloigner de la vie associative qui prenait de plus en plus d'ampleur à l'époque, les autorités françaises, inquiètes de son influence intellectuelle, décidèrent de le confiner à un poste de conseiller technique « aux Affaires indigènes ». Cependant, il a continué à donner des conférences sur des sujets économiques et scientifiques et à rédiger des écrits, même après l'Indépendance, pour les journaux locaux comme Essabah en 1961 où il a relaté l'économie d'énergie apportée par l'énergie solaire. Il a également participé à des recherches sur le nucléaire et à son utilisation à des fins pacifiques. Plus tard, en 1959, il est nommé commissaire de la Recherche scientifique et de l'Energie nucléaire et deviendra membre actif à l'Agence internationale de l'Energie atomique dont le siège se trouve à Vienne. Par ses recherches, il proposait l'utilisation de cette énergie à des fins agricoles et pour extraire les métaux du Sud tunisien. La Tunisie devenait membre du conseil des gouverneurs et allait enfin siéger aux côtés d'autres nations dans le domaine des sciences universelles. Quelque mois avant d'exercer au commissariat de la Recherche, Mohamed Ali El Annabi s'est rendu aux États-Unis afin de voir les expériences réalisées dans l'industrie et l'industrie lourde en tant qu'ingénieur en chef au secrétariat d'Etat pour l'Industrie et les Transports et s'est inspiré des progrès qui ont été faits en matière d'énergies solaire, hydraulique et électrique, en matière de pétrole et de contrôle du climat. De retour en Tunisie, il a participé à l'élaboration d'un laboratoire pour l'exploitation de l'énergie solaire près de l'aéroport de l'Aouina.

Outre ses participations actives dans les congrès internationaux, il a organisé en 1961 une conférence sur le thème « Promesses du nucléaire en Tunisie ». C'est au cours de son discours d'introduction qu'il a laissé entrevoir la possibilité d'acquisition d'un réacteur nucléaire pour la Tunisie.

Mohamed Ali El Annabi avait beaucoup d'autres projets pour la Tunisie mais le destin l'a emporté en 1962. Il n'avait que 56 ans.

Monia Ben Smida
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Tags : Ras Jebel, rasjebel, Med Ali Annabi, Lycee secondaire, visages, Personnalites, celebres


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